Balade autour du château de la Guerrière

Luc Bolevy vous propose une petite promenade à la découverte d’un monument majeur du village que la municipalité souhaite acquérir. 

  1. Notre parcours débute place Ampère, notre point de rendez-vous devant l’église.

Nous traversons la voie ferrée en empruntant la montée Georges Lyvet, pour atteindre en quelques pas l’entrée du parc du château de la Guerrière.

  1. Ce premier arrêt devant le portail en fer forgé de la propriété nous permet d’admirer l’allée cavalière bordée de buissons taillés en topiaires. Cette allée traverse le domaine et offre une perspective jusqu’aux terrasses et jusqu’aux bâtiments du domaine que l’on devine en fond de parcelle.

C’est le moment d’évoquer la localisation et les origines de cette propriété.

Qu’y avait-il avant la Guerrière ?

Avant 1507, nous ne disposons pas de mentions de la Guerrière. Nous pouvons supposer la présence d’un domaine agricole grâce à plusieurs indices :

  • le lieu-dit « la Collonge » présent sur une carte de 1780 : cette appellation est fréquemment donnée à des territoires qui dès le Moyen Age étaient confiés à un paysan « colon » pour un usage agricole (provient du bas-latin colonicas).
  • la très bonne exposition Sud-Est du terrain dans le vallon, son positionnement sur un replat relatif, et la présence d’une source captée,
  • la proximité du château médiéval (emplacement actuel de l’église et de la place Ampère-Fayard) : lieu protecteur très proche pendant les périodes troubles.

S’agit-il d’un château fort ? En réalité : non.

  • Pas de fief, pas de seigneur, pas de droit de justice, pas de fortification, ni de fossés de défense. L’appellation La Guerrière est incertaine, peut-être en lien avec le nom de famille d’une des propriétaires, les Guerrier.
  • Il s’agit avant tout d’une grosse maison bourgeoise d’apparat, comme elles sont nombreuses dans le Mont d’Or. A Couzon, par exemple nous pouvons aussi citer le bâtiment de la Chanoine, le Domaine Servan, la Maison Saint-Raphaël… toutes ces bâtisses furent construites par des personnes aisées, bourgeois de Lyon pour la plupart, avec le souhait de refléter leur richesse et leur statut social…

Les propriétaires successifs de la Guerrière furent nombreux.

Le domaine ne fut pas exclusif à une seule et même famille :

  • 1507 : Jean de Marin.
  • 1513 : Benoît Buatier.
  • 1603 : Jean de Terrasse, bourgeois de Lyon.
  • 1640 : Jean-Jacques Chomey, marchand.
  • 1671 : Robert Gayot, banquier.
  • 1691 : Joseph Dusoleil, Trésorier de France en la généralité de Lyon.
  • 1724 : Jean-Baptiste Constant, et Reine Dusoleil son épouse, conseiller du roi, procureur général au bureau des finances de la généralité de Lyon.
  • 1758 : Pierre Constant.
  • 1774 : François Valesque, négociant en épices, échevin de Lyon en 1762-63. Ses fils furent tués durant la Révolution.
  • après 1789 : familles Durand, Fayard de Mille, Olphe-Galliard, Bizot, Pinieux et Sarton du Jonchay.

 

  1. Après cette petite pause historique, nous montons le long de la rue Georges Lyvet. Nous laissons à notre droite la croix de la Chevrotière. Datée du milieu XIXème siècle. Elle possède une niche protégée d’une élégante grille de fer forgé. Les monogrammes IHS – MA la consacrent à Jésus et à la Vierge. Initiales JBD. Le quatrain effacé nous rappelle le caractère éphémère de l’existence et la proximité du cimetière : « ô vous chrétien sincère – en ce lieu solitaire – une petite prière – pour votre heure dernière ».
  1.  Nous longeons un puissant mur de propriété en pierre qui entoure le domaine avant d’atteindre le premier virage de la montée Georges Lyvet, au croisement d’un vieux chemin empierré. Nous sommes à proximité de la partie haute du domaine. C’est donc le moment d’évoquer les bâtiments de celui-ci grâce à une vue aérienne.

Deux corps de logis en « L », luxueux, comportant des salons de réception et un escalier monumental :

  • XVIIe siècle pour le bâtiment Est-Ouest
  • XVIIIe siècle pour le bâtiment Nord-Sud et la chapelle

Ces bâtiments principaux, la partie « noble », sont positionnés sur des terrasses pour leur donner une situation dominante. Au pied des bâtiments, une source captée alimente un bassin d’agrément, qui servait aussi peut-être de vivier (réserve de poissons).

En contrebas, des dépendances, bâtiments agricoles, un ancien corps de logis du XVIe siècle complètent le domaine.

  1. La toile représentant la Guerrière : un précieux témoignage de l’histoire du domaine.

Une toile de 1770 présente au-dessus de la cheminée dans le salon d’apparat nous donne une représentation fidèle du domaine. Il n’a guère changé depuis, exception faite du chemin traversant, et d’un colombier remplacé par un bâtiment annexe, le billard.

La présence d’un colombier sur ce terrain en 1770 n’est pas anodine. Sous l’Ancien Régime, le droit de colombier est en effet un privilège et un signe de pouvoir. Le colombier est généralement situé à l’écart pour éviter les nuisances liées aux volatiles, comme c’est le cas figuré ici.

Les propriétaires de la Guerrière cherchèrent sans doute à développer le côté ostentatoire et militaire du bâtiment, quoique totalement inadapté à la guerre. La mise en avant de ces signes de pouvoir par ces familles bourgeoises que l’on qualifierait aujourd’hui sans doute de « nouveaux riches » irrite le chapitre de Saint-Jean qui détient l’essentiel des terres sur Couzon : le chapitre voit d’un mauvais œil en 1769 des travaux qui consistaient à établir quelques modestes créneaux  sur les constructions, créneaux visibles sur la toile de 1770.

  1. Nous empruntons le chemin de carriers et nous faisons un pause au pied d’une élégante tourelle à l’intersection du chemin des vignes. C’est la tourelle de la chapelle, construite en brique à partir de 1758. Nous passons sous le petit pont de pierre. Le domaine s’est en effet étendu au cours d’achats successifs, mais un chemin public le traverse. Ce passage probablement de plus en fréquenté au XIXe siècle par les charrois des carriers a sans doute conduit la création de murs le long du chemin. Le pont permet de relier toutes les parties de la propriété en passant par-dessus le chemin public (visible sur la toile de 1770). On retrouve le même principe à Saint-Romain, avec des ponts de pierre pour accéder au château des Murard au-dessus du chemin des Petits-Ponts.

 

  1. Quelques mots sur le salon d’apparat. Il possède encore une peinture du mariage de Reine Dusoleil et de Jean-Baptiste Constant (1719) propriétaires du domaine. Y sont également représenté des détails de la vie quotidienne autour du domaine, ainsi que le notaire porteur du contrat de mariage. Outre son architecture exceptionnelle, la Guerrière possède donc encore des intérieurs d’une rare richesse qui lui ont valu son classement au titre des Monuments Historiques. Ces informations sont tirées du pré-inventaire des monuments et richesses artistiques de Couzon paru en 1998, empruntable à la médiathèque municipale.
  1. Notre évocation de la Guerrière s’arrête au niveau du lavoir du Rochon, depuis lequel nous devinons sous un autre angle les hauts bâtiments du château à travers la végétation arborée de la cour du château.

 

Notre visite autour du château de la Guerrière a consisté essentiellement à emprunter les chemins publics, accessibles à tous, en observant attentivement tous les détails visibles depuis la voie publique. Peut-être un jour pourrons-nous accéder à l’intérieur, à l’occasion de journées du patrimoine, ou autres ? Quel avenir radieux les futurs propriétaires -quels qu’ils soient – réserveront-ils à ce domaine ?

A propos de l'auteur de cet article

est l'auteur de 20 articles sur VivreCouzon.org

Luc est un passionné du patrimoine des Monts d'Or ou plus exactement du Mont d'Or. Il vient régulièrement partager cette passion avec les lecteurs de VivreCouzon.org. Vous pouvez également retrouver son livre "Mont d'Or Lyonnais, petit et grand patrimoine"