Budget 2016 : l’investissement en question

Philippe Muyard, conseiller municipal, a décortiqué pour nous la section investissement du budget de la commune. Verdict : le chiffres crient à ceux qui savent les lire que Couzon souffre de sous-investissement chronique.

Deux mois déjà qu’il a été voté (le 31 mars dernier exactement) et nous n’avions pas encore pris le temps de vous rendre compte de cet objet obscur et peu sexy : le budget de la commune 2016. Je vous propose d’essayer de rentrer dans le ventre de la bête et de décortiquer les principaux enseignements du budget 2016, mais aussi du compte administratif 2015 (le réalisé de 2015 pour parler plus simplement, ou encore le compte résultat 2015 pour ceux qui sont plus habitués à des termes comptables).

Comme vous le savez peut être, les finances d’une commune sont divisés en deux sections :

  • Le fonctionnement qui comprend essentiellement les charges et achats courants (petit matériel, fournitures, communication, énergie…) et les charges de personnel.
  • L’investissement qui correspond aux dépenses plus lourdes qui s’amortissent sur plusieurs exercices de type immobilier (salles communales, cimetière, église…) ou mobilier (matériel informatique, chaises et tables d’équipements communaux…).

Parce qu’il ne faut pas abuser des bonnes choses, aujourd’hui je me contenterais de vous parler de la section investissement, c’est-à-dire les projets à moyen et long termes de notre commune, et les grandes orientations en termes de réfection et d’équipement de notre patrimoine. La section de fonctionnement fera l’objet d’un autre article — vous voyez comme je vous ménage. Je vous rappelle également qu’il s’agit ici de prévisions de dépenses mais que la commune n’est en aucun cas tenue de dépenser la totalité de cette somme. Ce qui expliquera ensuite les différences entre ce budget (ce que l’on veut faire) et ce fameux compte administratif (ce que l’on a réellement fait).

Donc pour l’instant on se concentre sur ce que l’on veut faire.

1/ Les recettes prévues pour 2016

Eh oui, parce qu’avant de dépenser de l’argent, il faut bien savoir de combien on dispose. On peut décomposer cela en 3 masses :

  • Des réserves et des dotations pour 251 973 €. Il s’agit essentiellement d’un fonds de compensation de TVA et de réserves antérieures de fonctionnement.
  • Un virement de la section de fonctionnement pour 186 900 €. C’est l’excédent entre recettes et dépenses de fonctionnement qui est reversé pour l’investissement. Une commune qui a de trop lourdes charges de fonctionnement disposera de moins de recettes pour investir, c’est mathématique. A Couzon, ce chiffre oscille, selon les années entre 100 et 200 K€.
  • Le solde antérieur reporté pour 591 718 €. C’est tout simplement ce que l’on n’a pas fait les années précédentes et qu’on reporte l’année suivante. Soit près de 50% du total. Mais nous y reviendrons.

A noter dans ses recettes : aucun nouvel emprunt, aucune cession immobilière et aucune subvention.

Total investissements possibles en 2016 : 1 030 591 € dont 57 % qui apparaissaient aux budgets précédents (certains depuis plusieurs années). Ce premier chiffre nous dit donc que nous ne sommes pas dans une municipalité pressée, et que l’argument électoral du « nous, on sera prêts tout de suite, dès le lendemain de l’élection » n’était en fait que de la poudre aux yeux.

Rentrons donc dans le détail de ce qui a été fait et pas fait (ou pas encore)

2/ Les dépenses prévues pour 2016

Pour mieux se rendre compte de tout ce que l’on veut faire, rien de mieux qu’un bon vieux camembert.

camembert-budget1

a/ Le remboursement de l’emprunt : 34 400 €

C’est un montant très faible qui peut signifier deux choses. Première explication possible : c’est une gestion financière rigoureuse de la commune, et une forte capacité à emprunter dans les années à venir. Seconde possibilité : nous sommes une commune qui sous-investit et qui laisse se délabrer ses équipements communaux (voir l’état de la SAR, la salle des fêtes et le complexe mairie/école par exemple).

b/ Les opérations non individualisées : 168 845 €

On trouve ici les investissements non affectés à un programme particulier type bâtiment communal ou projet précis. Ce sont par exemple des frais d’études, du matériel et outillage lourd, les guirlandes lumineuses des rues. Mais aussi, dans notre cas, l’installation de cinq caméras de vidéo-surveillance (15 200 €), l’éclairage du chemin de la gare (21 000 €) ou de la signalétique de centre-village (20 000 €) pour les postes les plus significatifs.

c/ Le cimetière : 23 724 €

Ce poste se divise en travaux pour reprise de concessions (10 000 €) et construction possible d’un jardin du souvenir pour disperser les cendres de défunts (13 724 €).

d/ Mairie : 31 969 €

Principales dépenses prévues : des chaises et des tables pour la salle du conseil (5 000 €), un ensemble vidéo projecteur/écran/sono pour la salle du conseil (5 000 €) et un renouvellement de l’informatique (environ 20 000 €). On notera donc que l’accessibilité handicapés n’a pas été priorisée.

e/ Eglise : 54 020 €

Accessibilité handicap (11 400 €), étude rénovation (15 120 €), réfection toiture de la chapelle (20 000 €), renforcement d’un arc (5 000 €) et restauration de deux statues (2 500 €). À noter que seuls les deux derniers montants sont de 2016, puisque les autres travaux étaient déjà prévus en 2015 mais que rien n’avait été fait. Il s’agit donc de reports antérieurs. C’est un état de fait que nous retrouvons sur beaucoup de postes et qui caractérise la lenteur (d’autres diront la prudence) de nos investissements.

f/ Le restaurant scolaire : 304 141 €

Pas besoin de vous faire un dessin, ce chantier est à l’arrêt. Et il reste prêt de 300 000 € de travaux à réaliser. Une remarque : la décision de détruire pour reconstruire vient d’être prise par le conseil municipal et le coût de cette destruction (non connu à ce jour) sera à ajouter, ainsi que les premières pénalités à verser aux entrepreneurs pour retard sur le chantier (10 000 € votées le 9 juin dernier). En attendant un hypothétique remboursement par voie judiciaire de ces sommes dans X années (X étant l’inconnue bien sûr).

g/ La SAR : 169 300 €

La moitié de cette somme est affectée à la mise en sécurité de la SAR (huisseries, alarmes, clés intelligentes). Cet investissement est effectif à ce jour. L’autre moitié devrait concerner l’adaptabilité handicapés et des rénovations diverses (eaux, plafond scène, tables et chaises).

h/ Informatique : 5 531 €

C’est un montant venant complémenter celui posté en opérations non individualisées (voir plus haut) pour l’informatique de la mairie.

i/ Ecoles : 94 845 €

Gros dossier. Le rapport de la DASEN (directrice académique éducation nationale) suite à sa visite l’année dernière commence peu ou prou par ces mots : « J’ai cru entrer dans une école à l’abandon ».  Donc on avance petit à petit.  Le maire et son adjointe aux travaux nous disent que c’est leur priorité. Cette année, on aura donc des études énergétiques et d’accessibilité handicapés pour 70 000 €. Pour le reste, on continue d’équiper les classes en matériel informatique et vidéoprojecteur et écrans intelligents. À ce rythme, les enfants nés en 2016 auront peut-être une école isolée.

Parce qu’en fait, on régresse en investissements sur l’école. Je vous expliquerai comment la majorité a fait l’économie de plusieurs dizaines de milliers d’euros en continuant de clamer ses envies de priorité. C’est là aussi où je vous expliquerai toute la subtilité d’un budget municipal entre ce que l’on projette de faire, ce que l’on dit qu’on va faire et ce que l’on fait vraiment.

j/ Salle des fêtes – Dojo : 9 000 €

Pour faire court, on projette de protéger les murs du dojo et de remplacer quelques tables et chaises.

k/ Local bouliste : 78 749 €

D’importants travaux de mise aux normes doivent être entrepris. En 2015, on avait budgété 65 000 € mais on n’avait rien fait (ah si pardon 1 500 €). Cette année, on reporte donc tout ça en y mettant une rallonge pour près de 80 000 €. Espérons que cette mise en conformité se fera en 2016. Pour être franc, je crois qu’à ce jour des travaux ont déjà été effectués. A vérifier cependant.

l/ La poste : 6 500 €

Accessibilité handicapés.

m/ Stade de foot : 25 000 €

C’est la réfection de l’éclairage qui devenait franchement défaillant. C’est une des nouveautés 2016. Bonne nouvelle pour les footballeurs.

n/ La crèche : 24 568 €

L’autre nouveauté 2016. Elle concerne des travaux d’assainissement et de sécurisation.

 

Voilà donc pour cet inventaire à la Prévert des investissements prévus en 2016. En tout cas, c’est ce que monsieur le maire nous dit dans son courrier trimestriel adressé dans nos boîtes aux lettres : « un budget d’investissement ambitieux  pour plus d’un millions d’euros ».

Maintenant, voyons la réalité, et donc ce qui est effectivement réalisé. Et pour cela, basons-nous sur les seuls chiffres dont nous pouvons disposer, ceux de 2015

 

3/ Le compte administratif réalisé 2015

Vous trouverez ci-dessous un tableau récapitulant les différences sur chaque poste entre le budget prévisionnel et le compte administratif 2015 (c’est-à-dire ce qui a été fait réellement).

graph-budget1

Et qu’est-ce qu’on voit sur ce graphique ? Si j’étais méchant, je dirais qu’on se fait une assez bonne idée de l’immobilisme. Une fois encore, certains appelleront cela de la prudence, ou de la gestion de bon père de famille. Parce qu’à ce niveau-là d’épargne, c’est vertigineux. On pourrait presque croire que la majorité municipale thésaurise des masses importantes de financement pour pouvoir tout dépenser dans les 2 dernières années du mandat, histoire de faire preuve de volontarisme. Sauf qu’en attendant, notre patrimoine se délite, nos enfants sont mal isolés et nos associations se marchent dessus.

Deux chiffres qui expliquent qu’il ne faut pas toujours croire ce que vous dit un budget :

  • Le total (dernière colonne) :

Alors que le budget prévoyait 921 720 € d’investissements en 2015, la municipalité n’a en fait réalisé que 172 716 €. Soit un manque à investir de près de 750 000 €. Cela ne veut pas dire que ces investissements sont perdus, cela veut dire qu’ils sont soit reportés, soit annulés.

Pour être un peu plus synthétique : grosso modo, la capacité d’investissement d’une commune comme la nôtre est autour de 300 000 € annuels — en autofinancement donc hors emprunt bien entendu. Si monsieur le maire vous affirme que son budget est ambitieux, c’est tout simplement parce qu’il accumule des investissements non réalisés (ça ne coûte rien donc pourquoi s’en priver). On peut même dire que sur ces 750 000 € de non réalisés, à peu près la moitié ne le sera jamais. Et hop, ni vu ni connu.

Et j’en viens donc avec ma démonstration, à mon deuxième chiffres, encore plus polémique celui là.

  • Les investissements dans les écoles

Si l’on regarde la colonne « écoles » pour 2015, on voit que le budget initial de 126 900 € n’a en fait été consommé qu’à hauteur de 29 927 €. Reste donc 100 000 € à reporter en 2016 €.

Et que nous dit le budget 2016 : écoles = 94 845 €, soit déjà moins que le report. Ce qui veut dire que, en plus d’avoir réduit les investissements de 2015, la municipalité en a profité pour ne budgéter aucune somme pour 2016.

Budget 2016 alloué aux écoles (hors investissements prévus en 2015) : 0 €. Fascinant. Un modèle d’épargne vous dis-je.

Pour conclure, je vous laisse regarder dans le détail les autres chiffres 2015 de mes tableaux.

Ajoutons à cela le fait que nous, conseillers municipaux, ayons eu connaissance de ces chiffres seulement deux heures avant de les voter, vous comprendrez j’espère cher lecteur, la raison pour laquelle je n’ai pas voté ce budget.

Je continue de clamer haut et fort que Couzon à un énorme retard en termes d’investissement. Je redis ici ce que j’ai dit au conseil municipal : nous avons au bas mot une année complète d’investissement de retard.

Je rappelle aussi que les élus J’aime Couzon, se tiennent à votre disposition pour répondre à vos interrogations, porter vos demandes et questions au conseil municipal. N’hésitez pas à prendre rendez-vous avec nous ou à venir nous voir lors de notre permanence en mairie.

A bientôt pour un article sur la partie fonctionnement du budget.

Philippe Muyard

 

 

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