mercredi 30 septembre 2015

Billet d'humeur -

Couzon, la démocratie niveau débutant


Un conseil municipal avec une majorité et une opposition, c’est nouveau à Couzon. Mais comme partout, la démocratie, ça ne se décrète pas. Ça s’implante. Et ça ne se fait pas en un jour.

Depuis un an, la petite vie politique de Couzon est passée dans la cour des grands.

Auparavant, dans les villages de 2500 habitants comme dans ceux de 50, le scrutin était nominatif. Chaque électeur entrait dans l’isoloir muni d’un stylo et des bulletins de vote comportant tous les noms des candidats. Ainsi, il pouvait se composer son petit conseil municipal à lui, en barrant les noms de ceux qu’il n’aimait pas trop, et en ajoutant ceux à qui il voulait faire un cadeau empoisonné.

ecoliersPour les élections de 2014, les choses ont changé, et Couzon est passé dans l’ère du scrutin de liste. Une nouveauté qui n’en finit pas de changer la manière dont les conseils municipaux se déroulent.

En effet, depuis plus d’un an, il y a une opposition au conseil municipal. Et pour les uns comme pour les autres, c’est rien moins que l’apprentissage de la démocratie.

Ping-pong

Je ne suis pas très assidu aux conseils municipaux. J’y vais de temps en temps, histoire de prendre la température. Je ne suis pas non plus très neutre dans l’histoire, puisque je fus candidat sur la liste J’aime Couzon. Cependant, je n’ai jamais eu l’âme d’un militant politique, et j’aime assez observer les choses avec un peu de distance. Pour tout dire, ce que j’ai vu au dernier conseil municipal m’a un peu inquiété.

J’y ai vu un maire cherchant sa place entre chef de la majorité et président de séance. Depuis le début, cet homme est tellement sur la défensive qu’il tient à répondre personnellement à chaque question de l’opposition, assortissant ses réponses de saillies lourdes de sous-entendus, du type « y a-t-il un conflit d’intérêt dans votre remarque ? » ou « on reconnaît la marque de fabrique »… Ailleurs, chez les politiques professionnels, le président de séance fait mine de se contenter d’arbitrer les débats, et laisse à quelque aboyeur de l’assemblée le soin de lancer des piques à l’opposition.

Le débat est réduit à ce ping-pong entre les questions de l’opposition et les esquives du maire, devant l’étonnant silence des autres conseillers sur des débats importants. Un jeu convenu qui donne le sentiment que tout a été réglé auparavant, et que la séance ne consiste qu’en la découverte de l’ordre du jour par l’opposition en même temps que le public.

Résultat : les membres de l’opposition sont excédés, résolus à voter contre toutes les délibérations, y compris celles pour lesquelles cette position est indéfendable. Réduits à sacrifier leur crédibilité à la dernière possibilité de s’exprimer qu’ils ont trouvée. Une position impossible à tenir sur la durée qui les expose à bien des critiques.

Quant à moi, moi aussi, j’ai attendu. J’ai attendu en vain la réponse à des questions écrites que j’avais posées, comme le veut l’usage depuis des années, deux semaines à l’avance, et pour lesquels je n’avais pas reçu le moindre accusé de réception. «Relis le code des collectivités, il n’y a pas d’obligation», m’a-t-on répondu après la séance. Certes.

Obscurité

Pendant la campagne, la liste Trajectoire s’enorgueillissait d’inventer la démocratie participative à Couzon. «Ce n’est pas notre programme, c’est le vôtre», affirmaient les tracts.

Nous sommes aujourd’hui bien loin de la démocratie participative. L’enjeu aujourd’hui est de faire un peu de place au jeu démocratique tout court. Au lieu de cela, les Couzonnais assistent à une guerre des tranchées où chacun est sur la défensive avant même qu’aucun n’ait eu le temps de dégainer. À chaque conseil, la vis semble se resserrer, et l’opacité sur la prise de décision tourne à l’obscurité la plus complète.

Une assemblée pluraliste est une nouveauté à Couzon. On dirait que c’est rien moins que l’apprentissage de la démocratie qui reste à faire ici. Un petit stage s’impose. Voire une thérapie de groupe.

A propos de l'auteur de cet article

Nicolas Gauthy

Nicolas est l'un des membres fondateurs de Vivre Couzon dont il est actuellement Président. Il est également l'un des piliers du comité de rédaction de VivreCouzon.org