Du nouveau à propos de la Tour de Couzon…

Ce nouvel article sur la Tour de Couzon vient en poursuite d’une série d’articles relatant des recherches effectuées sur une construction mystérieuse, rue Chossegros.

Pour les lecteurs ayant raté les précédents épisodes, voici les liens des articles antérieurs écrits par Luc Bolevy ou Fabrice Vaulpré, par ordre chronologique :

Aujourd’hui trois nouveaux documents décisifs peuvent être apportés à ce dossier passionnant :

  • L’extrait de l’atlas de Kermabon (planche du Rhône), retraçant les itinéraires nationaux du télégraphe Chappe.

Cet atlas des lignes aériennes du télégraphe Chappe construites de 1793 à 1852 a été établi par deux agents des Postes et Télégraphes en 1892 : Ernest Jacquez et Adhemar Kermabon. L’ouvrage comporte 49 cartes représentant le détail de chaque ligne de communication avec leurs relais. Il a été redécouvert en 2012 dans un marché aux livres anciens.

Extrait de l’atlas de Kermabon – Planche du Rhône.

Pour le département du Rhône, l’atlas retrace sur une planche unique la ligne aérienne Chappe aujourd’hui bien connue sur notre département comportant 14 stations officielles. Le tracé au nord de Lyon passe par Ecully, Dardilly, Marcy, Theizé, Montmelas, Marchampt, Quincié, et Chiroubles avant de passer dans le département de la Saône-et-Loire en direction de Paris. Notons que les stations sont espacées de 4,3 km à 10,8 km à vol d’oiseau, ces distances sont rapportées en légende.

Les stations de télégraphe Chappe du Rhône.

La légende indique aussi la typologie des stations : les stations établies sur une tour ronde, sur une tour carré, sur le sommet d’un clocher ou sur un édifice de forme pyramidale.

Différents type de station de télégraphe Chappe.

Le Val de Saône et Couzon-au-Mont-d’Or sont absents de cet itinéraire, confirmant les éléments cités dans nos précédents articles : la ligne Chappe ne passait pas à Couzon.

  • Le plan géométral de Couzon en 1808.

Ce document sous forme d’atlas est particulièrement intéressant car il s’agit sans doute d’un exemplaire unique permettant d’avoir une vision de la commune quelques 20 années après la Révolution. Le cadastre napoléonien ne le remplacera en effet qu’en 1828.

Ce document levé par des géomètres donna lieu à un contentieux avec la commune qui en était le commanditaire : pour la municipalité la confection à la main de cette cartographie est beaucoup trop lente, et rend sans doute difficile la levée des impôts fonciers, source substantielle de revenus étatiques. Sans nul doute, les géomètres ont dû être surpris par la géographie tourmentée de la commune, présentant un parcellaire très morcelé et de nombreuses carrières rendant les levés particulièrement complexes sur le terrain (falaises, etc.).

Détail de l’atlas de Couzon en 1808. Source : ADMR69

L’existence de ce document, qui nous a très aimablement été signalé par un couzonnais, a retenu notre attention, car à l’emplacement de la Tour de Couzon, figure dès 1808, ce qui pourrait être interprété comme une terrasse ou un promontoire avec un chemin d’accès au milieu des champs, surmontée d’un édicule. Or nos précédentes recherches nous ont permis de dater la Tour de Couzon de la fin du XIXème siècle, ce qui remettrait donc en cause cette datation. L’observation de terrain nous montre que la terrasse actuelle semble être constituée de pierres sèches, alors que la tour actuelle serait maçonnée à la chaux : la terrasse aurait-elle pu préexister au moins depuis le début du XIXème siècle, avec une autre modeste construction à la place de la tour actuelle ?

  • La carte de la Saône de Chalon à Lyon vers 1885 au 50 000 par M. Vuillaume.

Raoul Vuillaume est l’un des fondateurs de la revue « Le Yacht » à Paris. Passionné de yachting, c’est également un cartographe réputé  qui dressa de nombreux plans de voies navigables françaises à la fin du XIXème siècle. C’est en effet l’auteur d’une impressionnante réalisation : la confection et la publication de « cartes spéciales, à grande échelle, de toutes les rivières navigables et canaux de la France ».

Ces cartes sont extrêmement détaillées et se révèlent d’une grande utilité pour les ingénieurs, les navigateurs, les compagnies de transport, les industriels et les commerçants.

La carte établie sur la Saône pour sa portion de Chalon à Lyon, nous montre la morphologie de la rivière à la fin du XIXème siècle encore relativement sauvage mais ayant néanmoins subi les premiers aménagements fluviaux réalisés par le Service Spécial de la Saône pour améliorer sa navigabilité.

La carte, non datée, est postérieure à 1882 : la ligne ferroviaire Lyon-Trévoux y figure en effet et sa construction ne s’achève que cette année.

Détail particulièrement intéressant, la légende nous indique la présence de « bureaux télégraphiques ouverts au public ». Or, ces « bureaux » parsèment toutes les hauteurs des deux rives du Val de Saône jusqu’à Anse et Trévoux : Saint-Foy, Cuire, Saint-Cyr (Mont Cindre), Caluire, Sathonay, Fontaines-sur-Saône, Fontaines-Saint-Martin, Couzon, Saint-Germain, Neuville…

Extrait carte de la Saône par Vuillaume – vers 1885 – secteur de Couzon. Source : wikipedia.

La localisation de ces bureaux télégraphiques à l’écart des bourgs sur des parties élevées ainsi que la légende (rond surmonté d’un mat et d’un bras principal) ne laisse guère planer de doute sur la technologie de transmission utilisée : il s’agirait bien d’un réseau de télégraphie aérienne par sémaphore.

Détail sur Couzon. Stations télégraphiques cerclées en rouge.

Cette dernière hypothèse soulève néanmoins plusieurs difficultés : ce réseau de proximité (les communes desservies sont beaucoup moins éloignées que le télégraphe Chappe figurant sur la carte de Kermabon décrite ci-dessus) parait très tardif car cette même période est caractérisée par le déploiement du télégraphe électrique. Nous savons ainsi que Service Spécial de la Saône se dote d’une ligne télégraphique électrique à partir des années 1875 pour ses propres besoins (ADR69 – cote S3296).

  • Pour conclure…

Une tour de télégraphie aérienne aurait donc bien existé à Couzon?

Compte-tenu de la localisation de la construction en hauteur, on peut penser qu’il reprend le principe de fonctionnement des télégraphes Chappe, sous forme de sémaphore.

Mais le document cartographique de 1885 le faisant figurer et commenté dans cet article soulève encore certaines interrogations : le télégraphe Chappe ne dessert que les longues distances et cesse d’émettre en 1854. A partir de cette date, cette technologie devait être considérée comme désuète. Or, comment alors expliquer la présence d’un sémaphore à Couzon et dans les communes alentours dans les années 1880 ?

La Tour de Couzon aurait pu constituer un maillon d’un réseau plus tardif et peu connu de télégraphie aérienne, assurant un service de proximité en Val de Saône avec des stations très rapprochées les unes des autres. L’existence de ce réseau a sans doute dû être écourtée par les progrès de la technologie et le déploiement du télégraphe électrique : le télégraphe filaire se développe le long des voies ferrées et le long de la Saône. A titre d’exemple le camp de Sathonay est desservi en 1878.

Il n’en demeure pas moins que la Tour de Couzon nous interroge encore davantage sur ce pan d’histoire très peu documenté de la deuxième moitié du XIXème siècle et sur la télégraphie aérienne en général. Il reste désormais à trouver des écrits supplémentaires à ce sujet pour confirmer cette existence et expliquer son utilité. Les nombreuses stations locales indiquées sur la carte de 1885 pourraient aider à réaliser des recherches dans ce sens et permettre l’apport des historiens des communes voisines ?

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A propos de l'auteur de cet article

est l'auteur de 20 articles sur VivreCouzon.org

Luc est un passionné du patrimoine des Monts d'Or ou plus exactement du Mont d'Or. Il vient régulièrement partager cette passion avec les lecteurs de VivreCouzon.org. Vous pouvez également retrouver son livre "Mont d'Or Lyonnais, petit et grand patrimoine"