Tour « Chappe » de Couzon, un bâtiment qui est loin d’avoir révélé tous ses secrets…

Suite à notre précédent article, « Une tour de télégraphe Chappe à Couzon ? », Luc Bolevy nous fait part de ses doutes : il y a quelque chose qui cloche du point de vue de la trajectoire.

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Cadastre napoléonien (source : archives du Rhône).

La présence de cette tour méconnue pose encore de nombreuses questions. Nous savons que la ligne de télégraphe Chappe Lyon-Paris fut exploitée de 1807 à 1852. Or, la tour de Couzon est absente du cadastre napoléonien daté de 1828, au lieu-dit « la Piagerie ». Ce secteur viticole de Couzon était alors bien plus isolé qu’actuellement. Sur le plan de 1828, on constate en effet que le tracé de la rue Chossegros permettant d’accéder aujourd’hui à la tour par le bas diffère du tracé actuel. Depuis le bourg, le chemin bifurquait  avant la tour par une série de virages successifs pour aboutir à la Combe Moletant et sa zone de carrières. Ce n’est que par la suite que la rue Chossegros fut prolongée pour atteindre la rue Saint-Léonard avec une desserte améliorée du lieu.

Quand les Canuts coupent la ligne…

Lors de la révolte des Canuts de 1834, les insurgés s’emparent du poste de télégraphe Chappe de Lyon Saint-Just, le 11 avril (source : musée d’histoire militaire de Lyon) mettant en évidence la faiblesse de ce système de communication : si un seul relais du réseau du télégraphe optique était arrêté, c’est l’ensemble des communications qui ne pouvait plus être assuré entre Paris, Lyon et le Sud. Cet évènement a-t-il amené à repenser l’implantation de certaines stations de télégraphe à Lyon intra-muros et dans les communes alentours ? Nous n’en savons malheureusement pas davantage.

Le télégraphe Chappe et les fortifications du Nord de Lyon

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Réseau de télégraphie Chappe (source : http://www.claudechappe.fr/) – cliquez pour agrandir.

Au Nord de Lyon, seuls les forts de Caluire, de Montessuy (1831) et de la Duchère (1844), correspondant à la première ceinture de fortifications lyonnaises, sont contemporains du système Chappe et des révoltes des Canuts (1831-1834). Si l’enjeu était d’obtenir une protection militaire de la liaison télégraphique par l’intermédiaire d’un itinéraire « bis », c’est davantage un tracé en direction de ces ouvrages qu’il faudrait rechercher, sans que cela explique tout à fait comment un trajet Couzon-Lyon aurait pu être plus sûr par rapport à l’itinéraire officiel.

Les autres implantations militaires en amont de Lyon sont postérieures à 1850 et au système Chappe : en rive gauche de la Saône, le camp de Sathonay est créé en 1853, le fort de Vancia et la batterie de Sathonay sont construits en 1872-1878, dans le cadre du programme voulu par le général Séré de Rivières. En rive droite, la batterie de la Freta – dont la vue donne sur Couzon – date de 1878. Le télégraphe Chappe n’était alors plus utilisé lorsque ces fortifications ont été bâties.

Un mystère couzonnais encore à éclaircir…

La tour de Couzon, aujourd’hui dépourvue de toiture,  est située en promontoire et jouit d’une vue exceptionnelle sur la vallée de la Saône. En dépit de nombreuses interrogations, cette belle petite construction en péril possède certaines similitudes troublantes avec des tours de télégraphe Chappe proches, notamment celle de Marcy-sur-Anse (exploitée de 1807 à 1853 – inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1982) ou dans une moindre mesure avec celle de Sainte-Foy-lès-Lyon (exploitée  de 1821 à 1852, inscrite aux Monuments historiques en 1987). Il faut toutefois souligner que les tours Chappe  ne sont pas des ouvrages à la construction réellement standardisée : certaines tours sont circulaires, d’autres pyramidales, d’autres encore placées sur des clochers…

Les axes de recherches pour cette tour sont donc nombreux : à l’échelle couzonnaise il s’agirait de retrouver d’anciens plans cadastraux qui permettraient de dater plus précisément cette construction. La liste des propriétaires de la parcelle pour la période 1828 – 1852 permettrait aussi de déduire quelle fut l’utilité exacte de cette construction. A l’échelle régionale ou nationale, il s’agirait de tenter de savoir si une branche secondaire du réseau national « Chappe » a pu temporairement exister dans le Val de Saône et pour quelles raisons exactes… Autant de mystères à éclaircir !

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Tour Chappe de Sainte-Foy-lès-Lyon (source : Monumentum)

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Tour Chappe de Marcy sur Anse (source : Rhône Tourisme).

 

 

 

 

 

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A propos de l'auteur de cet article

est l'auteur de 20 articles sur VivreCouzon.org

Luc est un passionné du patrimoine des Monts d'Or ou plus exactement du Mont d'Or. Il vient régulièrement partager cette passion avec les lecteurs de VivreCouzon.org. Vous pouvez également retrouver son livre "Mont d'Or Lyonnais, petit et grand patrimoine"

3 commentaires sur “Tour « Chappe » de Couzon, un bâtiment qui est loin d’avoir révélé tous ses secrets…

  1. Si ce n’est pas une tour de Chappe qu’est ce que ce pourrait être ?

  2. Une chose est sûre, on ne s’ennuie jamais à Couzon : il y a tant de recherches encore à faire sur l’histoire de la commune !