La tour de la rue Chossegros, un simple « pavillon » ?

Cet article poursuit les articles précédents consacrés à la mystérieuse « tour » située sur les hauteurs de la rue Chossegros… Nous faisons part ici de nos découvertes aux archives voici quelques mois…

Les archives départementales

Pour retrouver l’origine de la « tour de Couzon », un détour par les archives départementales du Rhône s’imposait en effet… La consultation de l’ancien cadastre, et surtout des matrices cadastrales permettent parfois de retrouver la date de construction d’un bâtiment, sa nature ou ses anciens propriétaires. Les matrices cadastrales sont d’imposants registres où figurent les états de propriétés (bâties ou non bâties) à des fins d’imposition foncière. Ces anciens documents communaux sont désormais stockés aux archives du Rhône, où l’on peut librement les consulter.

Les matrices cadastrales

Il a fallu repartir du plan du cadastre en ligne de 1828 (dit « cadastre napoléonien ») pour identifier la parcelle à rechercher : nous étions déjà parvenus dans un article précédent à recaler l’emplacement actuel de la « tour » sur le plan de 1828, au lieu dit la Piagerie, ou aucun bâtiment ne figurait encore à cette époque. La parcelle correspondante est la parcelle n°88. Le « v » ajouté près du numéro de parcelle désigne la nature de l’occupation du terrain, ici « vignes ».

Extrait du cadastre napoléonien 1828 (source : ADR69).

Il s’ensuit alors un long jeu de recherches dans les différentes matrices cadastrales. Il en ressort les conclusions suivantes : la parcelle n°88 est bien présente dans les différents registres, nous avons pu identifier trois propriétaires successifs dans les documents consultés : l’Œuvre Saint-Lénoard, la famille Regaud, ainsi que la famille Dumont.

Les documents le plus intéressants sont :

  • cote 3P76/4 (folios 313 et 347) : un cahier dans lequel il est fait état de la présence d’un pavillon sur la parcelle n°88, d’une contenance de 1a00ca (soit environ 10 m2 d’emprise au sol, correspondant sensiblement à la tour actuelle) ;
  • cote 3P76/6 (cases 185 et 199) : cahier dans lequel il est écrit que le pavillon cité ci-dessus est une construction nouvelle enregistrée en 1888 (propriétaire Félix Regaud), la « démolition » de cette construction est ensuite enregistrée en 1943.

Extrait matrice des propriétés bâties – Source ADR69 cote 3P76/6

En bref…

Le bâtiment étudié aurait donc été un pavillon construit en 1888 par la famille Regaud, et mis à l’état de ruine en 1943 (pour être considéré comme « démoli » au sens de l’administration fiscale et ne plus être taxable au titre des propriétés bâties, seul le toit a pu être défait, les murs restant en place). A noter qu’à plusieurs reprises c’est le terme « pavillon » qui est employé par les employés du cadastre, et non le terme « tour ».

Par ailleurs, l’appartenance de la parcelle n°88 à des particuliers (familles Regaud et Dumont), ainsi qu’à l’Œuvre Saint-Léonard semble exclure l’hypothèse d’un quelconque usage militaire ou stratégique (les parcelles des fortifications lyonnaises Seré-de-Rivière que l’on retrouve ailleurs dans le Mont d’Or appartenait à l’Etat, ici ce n’est pas le cas).

Mais alors, quels usages possibles ?

Le terme « pavillon » est souvent employé dans le Val de Saône. Il décrit un petit édifice annexe à usage utilitaire, voire d’agrément. Il prend souvent la forme d’une petite tour.

Des exemples intéressants nous sont parvenus, à comparer avec la « tour de Couzon ».

  • Le pavillon de l’Echo à Neuville : situé en promontoire, c’est un ancien pavillon de chasse du XVIIIème siècle. Sa forme quoique légèrement plus massive ressemble beaucoup à la « Tour de Couzon »

Pavillon de l’Echo à Neuville-sur-Saône

  • Les gloriettes de Fontaines-sur-Saône : d’après l’association Fontaines Patrimoine, « les propriétaires des domaines bourgeois du XIXe siècle mettaient un point d’honneur à doter leurs jardins de ces pavillons formant un belvédère… situé généralement en bordure de propriété, ces cabinets des verdure était en quelque sorte l’observatoire du maître de maison.. c’était l’endroit privilégié pour voir passer les voyageurs, le tramway, attendre le visiteur, l’ami, avec l’avantage de voir sans être vu ». L’architecture de ces gloriettes est variée, mais certaines prennent la forme de petites tours.

Exemple de gloriette à Fontaines-Sur-Saône.

  • D’autres constructions semblables à des pavillons ou à des petites tours essaiment dans les communes alentour, comme par exemple Route du Mont-Thou à Saint-Romain ou route du Trève à Collonges

Saint-Romain. Route du Mont-Thou.

Collonges. Rue du Trève

En guise de conclusion

La recherche concernant la tour de Couzon est loin d’être terminée… Pavillon de chasse, cabinet de curiosité, pavillon d’agrément, ou petit bâtiment rural ? L’édifice de la rue Chossegros et son histoire n’ont pas encore livré tous leurs secrets !

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A propos de l'auteur de cet article

est l'auteur de 20 articles sur VivreCouzon.org

Luc est un passionné du patrimoine des Monts d'Or ou plus exactement du Mont d'Or. Il vient régulièrement partager cette passion avec les lecteurs de VivreCouzon.org. Vous pouvez également retrouver son livre "Mont d'Or Lyonnais, petit et grand patrimoine"