L’Amap : 95 familles solidaires de cinq fermes

Née en 2008, Amapille d’Or, qui regroupe Couzon et Saint-Romain, est devenue l’une des plus importantes Amaps du département. Un véritable appui pour les producteurs qui peut aussi poser question: comment grandir sans perdre la convivialité? quels producteurs aider et à quel moment?

 

Distribution amap1C’est un drôle de ballet qui se donne chaque mercredi soir à Couzon devant la SAR. En un peu plus d’une heure, 95 Couzonnais et Sarromagnots viennent remplir leurs paniers de légumes, mais aussi de fromages de chèvre, de pain, de viande, de volailles, de fruits…

Stabilité financière

« Ce n’est pas un marché, affirme Claire Lecoffre, membre du conseil d’administration de l’association Amapapille d’Or. C’est un point de distribution pour des personnes qui ont fait le choix d’une alimentation saine et qui veulent soutenir la stabilité financière d’une ferme en payant à l’avance sa production. »

Un peu maso, les 95 familles? Elles paient d’avance sans être certaines que la météo leur accorde une récolte abondante, et sans vraiment pouvoir choisir la composition de leur panier hebdomadaire. « Ceux qui sont là depuis le début ont vraiment choisi l’Amap par engagement, estime Claire Lecoffre. Par la suite, d’autres nous ont rejoint par conviction tandis que quelques uns ont pu faire ce choix pour des raisons pratiques. »

La quête d’un maraîcher

L’initiative remonte à 2008. La Sarromagnote Sylvie Sargueil organise une soirée à la Taverne de Dada sur le thème « Qu’est-ce qu’une Amap? », avec probablement une petite idée derrière la tête. Trente personnes y participent. « Après la soirée, nous nous sommes retrouvées à six sur le trottoir à nous demander quoi faire, raconte Claire Lecoffre. Ce sont les mêmes six personnes qui sont devenues le conseil d’administration d’Amapapille d’Or. »

Fabrice Lhopital, maraîcher.

Fabrice Lhopital, maraîcher.

Le petit groupe féminin trouve un maraîcher, puis organise une assemblée générale. Problème, l’agriculteur fait faux bond à la veille de l’AG. « Cela n’a pas empêché les 37 présents de l’AG de s’engager le jour même », remarque Claire Lecoffre. Les six administratrices repartent donc à la recherche d’un autre maraîcher. Au marché de la Croix-Rousse, elles rencontrent Fabrice Lhopital, producteur à Thurins, dans les monts du Lyonnais. Fabrice s’engage à se convertir à l’agriculture biologique. Elles enrôlent aussi Michel Desbois, éleveur de chèvres, ancien Couzonnais qui vend déjà depuis longtemps ses fromages au village. D’autres suivront.

Compliqué à administrer

Dès la première année, les effectifs montent à 60 adhérents pour culminer aujourd’hui à près d’une centaine de familles. Cela fait d’Amapapille l’une des plus grosses amaps du département. Un chiffre qui dépasse un peu les espérances des fondatrices: « C’est moins sympa qu’au début, regrette Claire Lecoffre. C’est compliqué à administrer et on n’arrive pas à faire attention à chacun. » Cependant, l’association relève plutôt une « bonne fidélité » de ses adhérents, avec un turn-over limité à 7 ou 10 désinscriptions par an.

Aujourd’hui, grâce à la mobilisation des adhérents de l’Amap, Fabrice Lhopital a converti son exploitation à la bio, et il se satisfait de pouvoir passer davantage de temps à cultiver ses champs qu’à écumer les marchés. Joseph Fray et son épouse, qui fournissent de la viande de porc et de bœuf, ont pu plus facilement investir dans la construction de leur labo de transformation. Ludovic Baudel, qui a récemment créé une activité de culture de céréales et de boulangerie au Gaec Le Bouc et la Treille, à Poleymieux, est accompagné dans son installation.

amap-fraises

Point de vue

L’Amap, un contrat à vie?

Certains adhérents s’interrogent sur la pertinence des Amaps à épauler les producteurs les plus en difficultés afin de réellement contribuer au « maintien de l’agriculture paysanne », comme l’indique l’acronyme. L’Amap de Couzon ne fait-elle pas concurrence, par exemple, au producteur-maraîcher du marché de Couzon, qui est présent tous les dimanches matins, hiver comme été, sans garantie de faire recette s’il pleut? Les contrats avec les producteurs doivent-ils se concevoir comme une protection hors-marché, une sorte de favoritisme pour certains, tandis que les autres sont contraints de cumuler les métiers d’agriculteur, transformateur et vendeur?

Peut-être qu’une fois l’euphorie des premières années passée, les amaps devront se repencher sur les douloureuses problématiques de l’agriculture, et chercher à y répondre plus précisément. Alors peut-être finiront-elles par se voir avant tout comme une mobilisation de consommateurs en appui aux moments les plus délicats d’une exploitation familiale: installation, conversion à la bio, diversification… Mais pour cela, il leur faudrait redéfinir leurs relations avec les producteurs, non plus à durée indéterminée, mais par exemple à travers des contrats d’objectifs, sur cinq ou dix ans.

Nicolas Gauthy

 

Mot Clefs de cet article : , , ,

A propos de l'auteur de cet article

Nicolas Gauthy
est l'auteur de 56 articles sur VivreCouzon.org

Nicolas est l'un des membres fondateurs de Vivre Couzon dont il est actuellement Président. Il est également l'un des piliers du comité de rédaction de VivreCouzon.org