Le mystère de la tour de Couzon (suite)

Faisant suite aux trois derniers articles sur ce sujet qui ont été publiés sur Vivre Couzon, nous ne pouvions refermer ce débat et cette enquête pour percer enfin le mystère de l’existence ou pas d’une tour télégraphique à Couzon.

Et si les travaux de l’architecte du patrimoine qui ont été réalisés en l’an 2000, s’avéraient erronés et nous avaient donc fait partir sur une fausse piste…

En effet, il privilégiait une théorie selon laquelle cette tour était bien une tour Chappe intégrée dans une ligne bis créée pour contourner la ligne officielle par le Val de Saône reliant les stations du Beaujolais pour rejoindre le camp militaire de Sathonay-Camp, car la ville de Lyon était, au début du XIXe siècle, une commune en rébellion contre le pouvoir central, avec les différentes révoltes des canuts.

Sachant que ces canuts ont détruit certaines tours de Chappe de cette ligne officielle.

Comme celle dont nous avons déjà parlé de Lyon Saint-Just mais n’oublions pas non plus celle qui se situait dans le centre de Limonest, détruite en 1834, et où se trouve actuellement la Croix de la sablière édifiée sur l’ancien socle du télégraphe.

     Elle a été remplacée par une station qui était située sur la commune de Dardilly.

Alors faisons table rase de cette étude et repartons de zéro.

Commençons par bien étudier le bâtiment et son environnement pour trouver une nouvelle piste…

  • Ce bâtiment a toutes les caractéristiques d’une tour télégraphique.
  • Cette tour dispose d’un système défensif.
  • Sa localisation est stratégique, contrôlant l’entrée de Lyon par le Val de Saône avec une visibilité dégagée en direction du Mont Cindre, du crêt d’Albigny et de Sathonay-Camp.
  • La ligne télégraphique officielle de Chappe a perduré de 1807 à 1852.

Réfléchissons et partons de ces constats.

Donc nous avons une tour fortifiée, peut-être un bâtiment militaire?

Qu’avons nous donc alors dans son environnement proche comme bâtiment et zones militaires autour d’elle?

Nous avons déjà parlé du camp de Sathonay-camp construit entre 1851 et 1858.

Mais nous avons aussi :

  • Le Fort de Vancia construit entre 1872 et 1878.
  • La Batterie de la Fréta sur le Mont Cindre construit en 1878.
  • Un projet militaire sur le Crêt d’Albigny.

Ces deux derniers ouvrages et projet ont fait partie de la seconde ceinture de fortifications de défense de Lyon dont la construction avait été décidée pour renforcer la première ceinture après la guerre franco-allemande de 1870 et mise en œuvre par le général Séré de Rivière.

Dans le Mont d’Or, il fut construit aussi dans cette seconde ceinture entre 1874 et 1878 notamment le Fort du Mont Verdun, la Batterie des carrières, la Batterie du Mont Narcel, la Batterie du Mont Thou et la Batterie de la Fréta.

Batterie du mont Narcel.

À ce niveau de notre enquête, vous m’arrêterez, en me disant fort judicieusement que tous ces ouvrages datent d’après l’arrêt du télégraphe de Chappe en 1852.

Date de construction de la tour Narcel.

Mais un autre élément pour compléter notre enquête, que le promeneur curieux du Mont d’Or peut observer à côté de la Batterie du Mont Narcel, nous donne une piste, pour de nouvelles investigations.

En effet on y trouve aussi une tour d’architecture circulaire qui ressemble aux constructions de certaines tours de Chappe, notamment avec celle de la commune de Theizé dans le Beaujolais.

On dit que des soldats émettaient des signaux en direction de Champagne au Mont d’Or.

Alors une tour de télégraphe en plein milieu du Mont d’Or, construite en 1882 alors qu’à cette époque les stations de Chappe n’étaient plus utilisées, cela peut paraître encore plus étrange qu’une tour de télégraphe au bord du Val de Saône.

Et que trouve-t-on en direction de Champagne au Mont d’Or ?

Le Fort de la Duchère qui fait partie de la première ceinture défensive de Lyon.

Alors ces tours permettaient-t’elles de communiquer entre ces différentes fortifications ?

Et bien ! En recherchant, dans les archives des fortifications réalisées par le général Séré de Rivière, on apprend que le télégraphe par câble aérien qui avait supplanté le télégraphe optique de Chappe était jugé peu sûr.

En effet, l’ennemi pouvait se brancher sur ces câbles de liaison et intercepter les communications.

Pour pallier ce problème, les ouvrages militaires ont été équipés de deux moyens de communication qui sont le pigeon voyageur et le télégraphe optique à faisceau lumineux du colonel Mangin, mis au point en 1879, et qui s’apparente au système employé pour communiquer entre les navires de guerre.

Il s’agit d’un appareil optique éclairé par une lampe à pétrole qui permet d’émettre un faisceau lumineux dans une direction précise, par le biais d’une gaine. Le faisceau lumineux ainsi émis n’est alors visible que par un observateur placé dans l’alignement exact de la gaine émettrice ce qui garantit la sécurité du système. La communication se fait selon le code morse avec alternance plus ou moins prolongée de périodes lumineuses et de périodes noires.

On trouvait ce poste à faisceaux lumineux soit dans des casemates ou dans des tours notamment qui s’inspiraient des anciennes tours télégraphiques de Chappe.

Ce nouvel appareil de transmission est confié lors de son lancement aux caserniers ou aux gardiens de batterie, alors représentants permanents du service du génie ou de l’artillerie résidant dans les ouvrages assistés par des soldats de la garnison.

Par la suite, ces transmissions sont confiées à des sapeurs-télégraphistes formés et fournis par les régiments du génie.

Source : Petit Atlas de la fortification.

Si l’on fait le rapprochement entre la date de construction inscrite au fronton de la tour de Narcel 1882 et la date du début de la mise en service de ce télégraphe optique en juillet 1879, on peut fort bien imaginer que cette tour a été spécialement construite pour ce nouveau système de transmission.

On pourrait donc émettre aussi la théorie que la tour de Couzon, construite autour des années 1880, était un poste d’observation du Val de Saône et une tour de télégraphe optique à faisceaux lumineux.

Elle communiquait probablement avec la Batterie de la Fréta et la Batterie de Vancia.

Il est à noter aussi que l’on retrouve sur un plan cadastral de 1760 de Couzon, la présence d’un colombier juste au-dessus de cette tour à l’entrée de la combe de Moletant.

Curieux comme coïncidence, les militaires auraient-ils profité aussi de ce colombier qui permettait donc de disposer des deux moyens de communication recommandés par le général Séré de Rivière.

On commence peut-être à y voir un peu plus clair dans ce fameux et passionnant mystère de la tour de Couzon…

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A propos de l'auteur de cet article

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Il est membre de Vivre Couzon. Il participe largement dans les colonnes de VivreCouzon.org, au partage de ses intérêts pour le village et ses alentours. Pour lire tous les articles de Fabrice, cliquez ici.