Linky, un choix de société imposé ?

Dans le prolongement de la conférence-débat du 20 Mars 2018, un autre point de vue reprenant les thématiques évoquées par l’invité PIÈCES ET MAIN D’ŒUVRE pour faire émerger des questions plus globales et que chacun puisse se faire sa propre opinion… et ses choix.

Cela aurait pu arriver de façon plus tragique : une panne, un incident, pire, un accident ; nous obligeant ainsi tous à nous poser la question de notre consommation d’énergie, sa production et la réflexion sur les systèmes en place et futurs qui en découlent…

C’est heureusement la pose d’un nouveau type de compteur qui nous offre la possibilité de nous poser les mêmes questions au même moment, de questionner les choix qui nous sont proposés et de réfléchir aux actions que nous voulons mettre en place. N’est-ce pas là une belle aubaine finalement ?

C’est déjà ce que je souhaitais mettre en avant dans mon précédent article sur le sujet.

Conférence  20 mars 2018

PIÈCES ET MAIN D’ŒUVRE  (PMO) est un groupe de citoyens grenoblois, se définissant comme « libres penseurs ». Ils considèrent que le progrès tel que « la société » semble l’imposer présente des dangers, des risques, qui ne sont pas suffisamment expliqués par les industriels et scientifiques qui en sont à l’origine et qui, le plus souvent, le mettent ensuite en application. Leur argumentaire, dont le ton et la teneur leur appartiennent, permet en revanche de s’interroger ou se réinterroger sur des questions de société qui vont  bien au-delà du cadre technique posé :

1 – L’électricité, une énergie infinie ?

Il suffit d’appuyer sur l’interrupteur et la lumière s’allume… nous n’avons donc pas conscience de ce qu’engendre la production de cette énergie et les problématiques qui en découlent. On nous dit pourtant que les réseaux vieillissent et que les pannes sont plus fréquentes, que l’arrivée des voitures électriques va nous imposer un autre mode de consommation, le tout sans pouvoir faire grand-chose à notre échelle… Bref ça nous échappe et seuls les industriels semblent avoir la réponse.

Figure 1 – Introduction aux smart-grids – Source: http://modules-pedagogiques.cre.fr/m4/index.html

 

Mais en considérant que les économies d’énergies sont accessibles dès aujourd’hui en changeant nos habitudes de consommation et en nous intéressant à leur moyens de production, ces pistes semblent bien plus vertueuses et responsabilisantes que la solution unique imposée par Enedis.

-> Pourquoi remettre nos économies d’énergies à d’autres alors que nous avons les principaux outils et compétences par la formation, le partage?

-> La fragilité du réseau ne peut-elle pas trouver d’autres réponses, comme un fonctionnement en régie locale (exemple dans l’Ain) ?

2 – Une mise en place nécessaire pour une transition énergétique efficace?

Produit industriel avant de proposer un quelconque service pour l’homme, le compteur communicant s’inscrit davantage dans la transition numérique qu’énergétique. C’est lorsque la commission européenne a initiée les directives sur la transition énergétique verte que les industriels ont adapté leur discours pour qu’il colle aux propos, profitant ainsi de l’obligation de transition imposée par la loi pour légitimer la pose « obligatoire » du compteur.

Figure 2 – Smart City / Geralt on Pixabay / CC

 

-> Quelles autres solutions / propositions sont mise en place dans les autres pays de l’UE pour répondre à ces directives?

-> Si Enedis affirme ne vouloir relever et réguler l’énergie que par secteur, des dispositifs aux nœuds du réseau (transformateurs) ne suffisent-ils pas sans aller chercher les données jusque chez l’utilisateur final comme c’est déjà le cas aujourd’hui?

 

3 – Un mouchard à domicile ?

Fonction de collecte de données que le compteur (ou capteur) Linky va pouvoir permettre; point d’entrée « obligatoire » dans le domicile… et non pas par choix.

Figure 3 – Données collectées et transmises Source : CNIL.fr

 -> Les commissions telles que la CNIL ont pourtant émis des avis et lois quant à l’usage de ces données pour protéger les consommateurs. Ces mesures sont-elles suffisantes pour ne pas être contournées par les industriels ?

 4 – Un marché juteux sous couvert de services rendus ?

L’analyse possible des données par le fournisseur pour réguler la production d’énergie ne constitue pas en soi une économie d’énergie mais bien la priorisation dans un objectif d’augmentation de la consommation. Le mode de priorisation n’étant pas clairement connu, laisse la porte ouverte à toute proposition de la part des fournisseurs / assureurs / services… La revente de données collectées annoncée clairement comme nouveau marché pour Enedis.

-> Est-on vraiment en mesure d’appréhender la finalité de ce capteur? Pourquoi cette volonté de rendre obligatoire cet équipement ? N’est-on pas en droit d’exiger d’autres solutions?

5 – Un support pour des offres personnalisées ?

La présence d’un emplacement pour module domotique communicant dans le compteur ; réserve pour compléter les propositions commerciales liées à l’utilisation commandée des équipements connectés de la maison. L’analyse croisée des données par des entreprises tierces pourra être proposée en contrepartie de tarification avantageuse…

Figure 4 – Introduction aux smart-grids / Source: http://modules-pedagogiques.cre.fr/m4/index.html

-> Quelle est la plus-value effectuée par ces entreprises sur vos données ? « Si c’est gratuit, c’est vous le produit »

-> Quels impacts peuvent engendrer ces analyses de données sur votre quotidien ? Où se situe la limite entre protection, surveillance, harcèlement commercial voire malveillance ?

6 – Objets connectés, les faux amis s’invitent ?

Autorisons-nous un petit clin d’œil au dernier article paru sur Vivre Couzon : si votre compteur ne renvoie pas l’info précise, c’est une donnée en plus pour définir votre profil. Ainsi, le compteur pourra se faire le relais de votre grille-pain, que vous aurez choisi pour son côté Tartine-friendly ou votre assistant vocal. Avec la météo sur votre toast et la commande vocale pour acheter des pizzas, les objets peuvent savoir que vous massacrez Smoke on the Water… et vous proposer dès le lendemain des cours en ligne ou les partitions sur votre tartine… Cette fiction n’est plus qu’une question de marketing pour s’ancrer dans notre réalité

-> La liberté de décision individuelle est-elle affaiblie par l’automatisation ? A-t-on bien toutes les informations quant aux impacts de cette informatique embarquée sur nos vies ?

Figure 5- LightBlulb / ColiN00B – Pixabay CC

Au final cet argumentaire appelle chacun à la vigilance pour analyser et comprendre le ou les objectifs caché(s) potentiels de toute proposition dont l’impact peut sembler mineur dans un premier temps, mais qui peut permettre ensuite de forcer les limites de la propriété, de l’intimité… accepté par défaut ou par force et non par choix délibéré.

On n’arrête pas le progrès…

Dire qu’il faut vivre contre son temps et refuser tout progrès serait bien sûr une ineptie, une erreur. La découverte, l’accès à tous aux « nouvelles technologies » ouvre des portes formidables.

L’amiante en son temps se voulait être un matériau de progrès et a été largement utilisé sans principe de précaution… Ses effets aujourd’hui coutent une fortune tant aux hommes qu’aux infrastructures… pourquoi pas aussi certaines ondes et surtout le cumul des ondes demain ?

Alors pour éviter de se faire piéger par les petites lignes des contrats alléchants-captifs qui peuvent se préparer et leurs impacts, la question de choisir en conscience est à mon sens plus intéressante et profonde qu’un compteur électrique. Pourquoi absolument vouloir le dernier jouet quand on a déjà tout à portée de main ? On peut vouloir vivre avec son temps et exiger de choisir et non simplement de refuser ou accepter ; binaire limitation.

Et si vous refusez le compteur, que se passe-t-il?

Pour décourager les réticents potentiels, Enedis indique que la pose est aujourd’hui gratuite, laissant entendre qu’elle pourrait être à charger de l’habitant demain… de même la relève physique du compteur aujourd’hui intégrée dans les taxes de distribution de l’énergie pourra être facturée en sus.  C’est comme si on vous obligeait à changer de voiture et que votre refus rendrait son entretien plus couteux… Nous sommes donc en droit d’exiger, de la même façon, d’avoir d’autres propositions de leur part, un compteur « bête » ou un complément sur des compteurs récents qui permettent déjà le télé-report (sans rentrer chez vous) mais uniquement quand le compteur est sollicité (lors du relevé) et non de façon permanente, quitte à ce que ne soit utiliser qu’une partie de l’architecture réseau déployée pour le Linky.

Et si la compréhension des informations affichées sur le compteur est possible par tous, un simple affichage déporté à l’intérieur de la maison peut largement suffire à « surveiller » sa consommation…

Et pour aller plus loin, des propositions citoyennes existantes ou à créer :

Recentrer les moyens de production, de gestion et de distribution à proximité des lieux de consommation

Formations aux Energies partagées et citoyennes

– Ateliers de vulgarisations aux termes électriques de base (Watts, kilowatts, ampères, monophasé/triphasé…) pour mieux comprendre ce que cela signifie (bases de l’électricité domestique), et accompagner les éco-gestes.

Décrypter l’énergie et les idées reçues ou imposées

– Propositions de collectifs citoyens « zérowaste » électriques ou négawatt (tendre vers la consommation minimum raisonnable) / prendre conscience de la consommation réelle d’un foyer et des équipements et comment agir concrètement avec tout ce que nous avons déjà ou qui est à notre portée…

– Accompagnement des particuliers / collectivités pour intégrer une part de production d’énergie. Faire clairement entrer dans les documents d’urbanisme les possibilités de recours aux ENR et communiquer autour de ces actions