Montagne : Karine Lucas entérine un retour en arrière de 50 ans

Notre conseillère régionale couzonnaise Karine Lucas s’est vu confier la tâche délicate de cautionner le dézinguage d’une politique de développement durable pour la montagne… tout en paraissant soucieuse de l’environnement.

Au cas où vous l’auriez oublié, une élue couzonnaise siège au conseil régional de Rhône-Alpes : c’est Karine Lucas, par ailleurs adjointe à l’urbanisme et aux travaux, enfin, à certains travaux, et peut-être aussi à un certain urbanisme.

Karine-LucasToujours est-il qu’au siège de la Confluence, Mme Lucas siège aujourd’hui au groupe UDI, un groupe de droite modérée qui soutient la politique pas du tout modérée de M. Wauquiez. C’est bien là que les choses se compliquent pour elle.

À l’actif de cette mandature vieille de tout juste six mois : le dézinguage de deux projets de parcs naturels régionaux, le soutien à la construction d’une autoroute doublonnante entre Lyon et Saint-Étienne, la suppression des vivres aux associations environnementales et agro-écologiques… Bref, le message est clair : bétonnez sans entraves !

Visiblement éprise des cîmes, ou inspirée par notre Mont d’Or, la Couzonnaise siège à la commission « Montagne ». À ce titre, c’est elle qui a pris la parole au nom de son groupe à propos de la nouvelle politique consacrée à ces territoires qui couvrent la majorité de notre grande région.

Durant la mandature précédente, la région Rhône-Alpes avait mis au point le dispositif « Montagne 2040 » qui avait d’abord consisté à consulter les acteurs économiques et la société civile des Alpes et du Massif Central afin d’élaborer une vision commune et globale de ce que devraient devenir ces territoires sur le long terme.

Cette réflexion avait abouti à un grand programme de financement d’un développement durable au sens propre de la montagne, intégrant tourisme des quatre saisons, agriculture, artisanat, services… Une vision d’ampleur, donc, qui considère la montagne comme autre chose qu’un terrain de jeu pour citadins avides de consommation de masse en altitude. La Région avait donc commencé à favoriser l’élevage de qualité, à diversifier les équipements touristiques de moyenne montagne pour qu’ils créent de l’emploi toute l’année, à créer des formations aux métiers de la montagne, à développer des services publics de proximité… (voir les projets ci-dessous).

En mai dernier, lors d’un déplacement à Lans-en-Vercors, le nouvel exécutif wauquieziste développait une autre vision par la voix toute en nuances d’un certain Gilles Chabert, conseiller délégué à la montagne, transcrite ainsi par Montagnes magazine :

Outre l’abandon du programme « Montagne 2040 » de la précédente majorité, M. Chabert a assumé un « retour en arrière de 50 ans » à l’époque du « plan neige de Pompidou », car « ça marchait du feu de dieu ». Il a précisé qu’Eric Fournier, le maire de Chamonix, jouerait le rôle de garant environnemental de l’ensemble. Il a conclu : « Ce qu’on veut c’est faire du ski, le reste c’est du blabla ».

C’est donc à cette vision d’une grande finesse d’esprit que le groupe UDI allait devoir exprimer son adhésion à l’assemblée plénière du 23 juin.

Mais, je vous l’ai dit, à l’UDI, on est mo-dé-rés. Et Karine Lucas est une femme soucieuse de la protection de l’environnement. Elle va donc participer à l’enterrement de première classe de cette politique de développement local durable, mais en déposant dessus une couronne de fleurs bio :

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Extrait de la communication sur Facebook du groupe UDI du conseil régional à l’issue de l’assemblée plénière du 23 juin.

Vous avez compris quelque chose, vous ? En gros, cela veut dire : nous disons oui à ce « retour en arrière de  50 ans » assumé, mais avec des canons à neige respectueux la ressource en eau et sobres en énergie, ce qui sera peut-être inventé dans cinquante ans. Et la prochaine fois, on fera attention à être quand même un peu écolos.

N’empêche : la politique, c’est pas facile. Moi, à la place de Karine Lucas, j’aurais été bien embêté de devoir soutenir un truc aussi inepte. Je crois que j’aurais botté en touche, et que j’aurais cité Boris Vian :

Je voudrais pas mourir
Sans qu’on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer…

… Et les canons à neige qui lancent des fleurs.

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A propos de l'auteur de cet article

Nicolas Gauthy
est l'auteur de 56 articles sur VivreCouzon.org

Nicolas est l'un des membres fondateurs de Vivre Couzon dont il est actuellement Président. Il est également l'un des piliers du comité de rédaction de VivreCouzon.org