Rythmes scolaires : les économies ou la pédagogie ?

 

Comment en sommes-nous arrivés là ?


 

Depuis plus d’un an, on le savait, mais il y avait comme une sorte de déni : les rythmes scolaires allaient changer. L’année passée, seules de très rares communes, peut-être un peu maso, peut-être très légitimistes, s’y étaient mises sur la base du volontariat. Ainsi, dans le coin, Trévoux ou Civrieux ont joué les pionnières.

Tandis qu’à Couzon, on procrastinait.

Dans les associations de parents d’élèves, l’an passé, la perspective ne faisait alors pas encore déplacer les foules. Quant à l’équipe municipale précédente, elle pensait qu’il était urgent d’attendre les prochaines élections. Des contacts avaient bien été pris au cours de l’hiver avec des animateurs, et les horaires avaient été décidés: 8h30-11h45 le matin, 13h30-15h30 l’après-midi, et 8h30-11h30 le mercredi. En revanche, les décisions qui fâchent avaient été reportées à l’après-élections, à commencer par la question financière.

La gratuité en question

Marie-France Vernier, nouvelle adjointe à l’enfance, allait donc disposer de moins trois mois pour organiser la journée des enfants Couzonnais entre 15h30 et 18 heures, et toute leur après-midi du mercredi. Elle n’est certes pas novice, ayant présidé pendant plusieurs années l’association qui gère l’accueil périscolaire. Elle est certes épaulée par une commission assez impliquée composée de Philippe Muyard, Christine Beynat-Vray et Geneviève Normand.

Un comité de pilotage a lieu mi-avril avec les représentants des associations de parents d’élèves. Un plan éducatif territorial, rédigé par l’association Alpha3A moyennant la somme de 3500€, a été rédigé. Selon le compte-rendu de la Pmem, l’équipe municipale «se questionne sur la gratuité».

A ce moment, le nouveau ministre Benoît Hamon a indiqué aux communes que la loi pourrait être assouplie en regroupant tous les temps d’accueil pédagogique le vendredi. Une offre saisie par Gérard Collomb à Lyon. A Couzon, en revanche, décision est prise de maintenir les horaires décidés précédemment. «Nous avons fait le choix de respecter les engagements déjà pris, explique Philippe Muyard. La direction de l’école y était favorable».

Ce choix, respectueux de l’esprit de la réforme et du rythme des enfants, ne va pas s’avérer le plus simple: comment embaucher des animateurs pour des temps d’accueil pédagogique de trois quarts d’heure avec une rémunération horaire de 10€ nets? Comment créer ex-nihilo un centre aéré pour accueillir les enfants le mercredi? Et comment reprendre, par-dessus le marché, la gestion de la garde périscolaire, mise en péril depuis le départ de Marie-France Vernier qui ne pouvait cumuler sa fonction de présidente avec celle d’adjointe?

«Nous pensions qu’il fallait raisonner en termes de projet global, en commençant par répondre à la question suivante: quel est notre budget?, se souvient Philippe Muyard. Les arbitrages financiers ne nous appartenaient pas. Dans un premier temps, nous n’avons pas eu de réponse.» Les élus à l’enfance continuent donc à travailler malgré cette inconnue. Philippe Muyard crée une feuille de calcul informatique où les tarifs peuvent se calculer selon le budget choisi.

40 000€ de budget

À la mi-mai, au rendez-vous suivant avec les associations de parents d’élèves, l’ambiance commence à se dégrader. Le maire annonce que les parents devront participer financièrement aux fameux temps d’accueil pédagogique, avec une fourchette entre 0,50 et 1,75€ par heure et par enfant selon le coefficient familial, plus 20€ ou 30€ d’abonnement en début d’année.

La déléguée de la Pmem fait un compte-rendu agacé à ses adhérents: «Il nous parle en aparté à la fin de la réunion pour avoir nos impressions, et nous dit que l’opération va coûter « 40 000€ sur un budget de commune de 1,6 million d’euros » !!! Etonnant non ?»

Une autre responsable fait ses calculs: «Si on prend le montant le plus élevé, cela revient par enfant à 240€. Avec 2 enfants à l’école, cela revient à un budget de 45€/mois ce qui est loin d’être négligeable! Ce n’est pas comme ça qu’on va pousser l’école publique!» D’autres parents font des comparaisons avec l’école privée et menacent de sauter le pas.

Les esprits s’échauffent

Le 5 juin, l’équipe municipale change son fusil d’épaule: les temps d’accueil pédagogique ne coûteront plus aux parents qu’une faible participation annuelle, mais c’est l’étude qui devient payante, jusqu’à 2,40€ par heure. «Je n’étais pas contre une participation des parents, mais à ce niveau, l’étude devenait bénéficiaire!, estime Philippe Muyard. Baisser de 40 centimes l’heure coûte 4000€ à la mairie par an. C’est une question de priorité

L’équipe municipale commet même peut-être quelques erreurs de communication qui pousse les délégués des parents à penser qu’une Atsem, employée municipale de maternelle, devrait quitter son poste le mercredi matin, et que les travaux d’entretien programmés seraient annulés.

Les parents d’élèves ressortent remontés comme des pendules. Le soir même, au barbecue organisé par la Pmem, les esprits s’échauffent. On organise une manifestation pour le lundi suivant afin de pousser la mairie à négocier avant le conseil municipal du lendemain censé graver les décisions dans le marbre. Mot d’ordre: «La mairie refuse d’investir pour ses enfants!» Une cinquantaine de parents participent.

Dans la salle du conseil, la délégation doit négocier dans l’ambiance sonore assurée en contrebas. Elle obtient un prix plus raisonnable pour l’étude, à 0€, 1€, 1,5€ selon la tranche d’imposition. Les deux associations de parents d’élèves s’estiment finalement satisfaites.

La perte d’un acquis

Au conseil municipal du lendemain, Patrick Véron affirme espérer obtenir l’unanimité. Les conseillers issus de sa liste le suivront, mais pas les élus issus de J’aime Couzon, qui s’expriment par la voix de Yann Coric :

«Quand Le Progrès titrait le 9 mai dernier « Nous voulons faire 15% d’économies de fonctionnement », je me suis dit que se donner des objectifs ambitieux était une bonne chose pour faire avancer notre village. Au fil des conseils nous avons voté beaucoup de nouvelles dépenses sans doute nécessaires d’ailleurs. Mais alors où faire ces économies ? J’avoue avoir depuis quelques semaines certaines craintes car mes priorités d’élu sont celles de la campagne municipale : enfance, associations, logement. (…) »

Véronique Leclercq s’adresse ensuite au maire :

«(…) vous avez négocié un accord de répartition des coûts qui a semblé satisfaire toutes les personnes présentes à la table. Moi, je ne suis pas satisfaite que des études toujours gratuites à Couzon deviennent payantes. Notre école vient de perdre un acquis et cela me choque. (…) Il y a 133 ans, le 16 juin 1881, le parlement français votait une loi dont la première phrase est « Il ne sera plus perçu de rétribution scolaire dans les écoles primaires publiques ». (…) Vous m’objecterez les principes de réalité, le budget de la commune … tout argument de gestionnaire. (…) C’était bien aux communes et à nul autre de financer cette école. Alors pourquoi, Monsieur le Maire, renier ce principe ? Au nom d’une saine gestion qui ne veut pas majorer la fiscalité ? (…) Une commune n’est pas une entreprise.»

Au final, le plan éducatif territorial qui aura tant mobilisé ce printemps sera mis en place à la rentrée. Cependant, l’année scolaire à venir restera une année pilote. Fin décembre, un comité de pilotage consultatif fera un premier état des lieux. En mars, un questionnaire sera distribué aux parents pour faire un bilan du vécu de chacun, et envisager d’améliorer le système. Ce qui semble difficilement compatible avec la poursuite d’une économie de 15% des frais de fonctionnement de la mairie.

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A propos de l'auteur de cet article

Nicolas Gauthy
est l'auteur de 56 articles sur VivreCouzon.org

Nicolas est l'un des membres fondateurs de Vivre Couzon dont il est actuellement Président. Il est également l'un des piliers du comité de rédaction de VivreCouzon.org