Vidéo-surveillance : une bonne réponse à la délinquance?

Pour Scotland Yard, c’est un «fiasco». Pour Jean-Paul Bret, maire de Villeurbanne, «un lampadaire est plus efficace». Pour la chambre régionale des comptes de Rhône-Alpes, elle est efficace à 1%. Qu’est-ce donc? La vidéo-surveillance.

En 2015, les caméras déborderont de Lyon, qui en est saturée, et viendront fleurir dans notre joli village de Couzon. C’est Patrick Véron, maire, qui l’a annoncé lors de ses vœux à la population :

Nous travaillons en collaboration avec la gendarmerie et les communes voisines pour sécuriser certains sites comme le parking Georges-Lyvet, trop souvent lieu d’incivilités et nous y étudions la mise en place d’une vidéo surveillance.

En effet, les dernières années, Couzon n’a pas été épargné par la petite délinquance: voitures brûlées rue Jules-Ferry, feux de poubelles devant la mairie, et même l’école saccagée. École qui, pour le coup n’était pas équipée du moindre système d’alarme.

Face à cela, poser des caméras constitue une réponse facile. Pourtant, ce sera une erreur si ceux qui prendront cette décision ne se posent pas les deux questions qui s’imposent :

  1. La vidéo-surveillance est-elle efficace ?
  2. La vidéo-surveillance est-elle socialement acceptable à Couzon ?

 

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1% d’efficacité

Concernant la première question, la Chambre régionale des comptes s’est penchée sur un exemple tout proche: l’évolution de la délinquance à Lyon, qui regorge de caméras, et à Villeurbanne, qui n’en a pas installé. Voici les conclusions, présentées dans le blog du Monde « Bug Brother » :

Si l’on compare par exemple l’évolution de la délinquance de voie publique (DVP) entre Lyon, qui a fortement investi dans ce domaine, et Villeurbanne, où la commune n’a pas souhaité s‘y engager, on observe que la baisse est plus forte dans la commune qui ne bénéficie d’aucune caméra de voie publique.

Lyon n'est pas plus sûr que Villeurbanne

La baisse observée à Lyon (où se déroulent plus de la moitié des faits) est dans la moyenne de celle observée sur l’ensemble de la circonscription de sécurité publique (CSP) de Lyon, alors que celle enregistrée à Villeurbanne est nettement supérieure.

Au passage, on note que la délinquance est en chute libre sur l’agglomération.

 

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Des caméras de surveillance, et c’est tout de suite une joyeuse ambiance.

 

Un «fiasco total»

Plus loin de nous, il est un pays qui, par le passé, a massivement investi dans les caméras, c’est la patrie de Winston Churchill, qui inspire tant notre maire. Le Royaume-Uni en est revenu, des caméras de surveillance. En 2008, New Scotland Yard a estimé que seulement 3% des délits étaient élucidés grâce à la vidéo-surveillance. Selon le premier flic du royaume, «on a dépensé des milliards de livres en matériel, mais personne n’a réfléchi à comment la police allait utiliser les images et comment celles-ci seraient utilisées dans les tribunaux. C’est un fiasco total».

 

Bien sûr, les poulets d’Albion n’ont rien d’idéologues anti-surveillance. Seulement, leur enseignement est le suivant : des caméras ne servent à rien toutes seules. Elles doivent être intégrées à tout un protocole d’élucidation performant qui va de la police au tribunal. Malgré des investissements de plusieurs milliards, eux ont échoué. Couzon et quelques villages voisins feront-ils mieux?

 

 

Au final, l’efficacité dépendra de l’objectif que se fixe la mairie : élucider davantage de délits ? les dissuader par la simple présence des caméras ? Ou rassurer les Couzonnais ? Dans les deux derniers cas, pas la peine de trop investir, de fausses caméras suffiront. Dans le premier cas, en revanche, il faudra révolutionner toutes les pratiques de la gendarmerie.

 

Une ambiance de paranoïa

 

La seconde question posée en préambule de cet article est plus complexe. Est-il acceptable d’être filmé quand on passe dans la rue avec son amant, ou même sans avoir rien à se reprocher ? On pourra répondre que c’est déjà le cas quand on se promène devant la demeure du Chaos à Saint-Romain, avenue Jules-Ferry à Couzon, ou encore rue Paupière, trois implantations privées illégales. On pourra se montrer fataliste, et se dire que nous sommes déjà bien surveillés par nos téléphones, nos cartes bancaires et nos connexions internet.

 

 

Une caméra de surveillance à Couzon

A Couzon, nous sommes déjà surveillés. Cette caméra privée est illégale, et elle n’a pas empêché deux voitures de brûler l’an dernier juste à côté.

 

Reste que la présence de ces observateurs silencieux nous met mal à l’aise. Elle nous rappelle que la délinquance est potentiellement tout autour de nous, et que nous en sommes les possibles suspects. Elle concourt à une ambiance générale de paranoïa. Elle angoisse plus qu’elle ne rassure.

L’an passé, la liste « J’aime Couzon » avait émis l’idée de créer un poste de garde champêtre ou de policier municipal partagé avec d’autres communes. Il aurait assuré une présence humaine dans le village et pu s’attacher à prévenir les incivilités de tous ordres dans un esprit de dialogue. On ne dialogue pas avec une caméra. C’est la différence.

Pour aller plus loin…

– Nous vous conseillons l’excellente synthèse du collectif Paris sans vidéo-surveillance, qui certes a choisi son camp, mais étaye remarquablement ses argumentaires… (cliquez ici…)
– Pour une démarche plus neutre et scientifique, voir aussi cet article de Pour la Science (Cliquez ici…).

 →  Les adhérents de Vivre Couzon ont débattu de la question. Voir ici une synthèse… 

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A propos de l'auteur de cet article

Nicolas Gauthy
est l'auteur de 56 articles sur VivreCouzon.org

Nicolas est l'un des membres fondateurs de Vivre Couzon dont il est actuellement Président. Il est également l'un des piliers du comité de rédaction de VivreCouzon.org